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EVANGILE DE LA RESURRECTION ET POLITIQUE.

Article publié le jeudi 2 mars 2017.


EVANGILE de la RESURRECTION ET POLITIQUE (Pâques 2016)

Par le Professeur Raymond Ranjeva, agrégé de droit public et science politique Membre du Conseil pontifical Justice et Paix

« ...sachez bien ceci,....Jésus de Nazareth...vous l’avez supprimé en le clouant sur le bois par la main des impies. Mais Dieu l’a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort... »Ac2 : 14, 22, 23-24 . La profession de foi de Pierre atteste la mise à mort de Jésus Christ et sa résurrection. Elle proclame des « choses étranges » Ac17 :20, qui n’ont aucun sens pour des esprits modernes et rigoureux. Ceux-ci ne peuvent les considérer comme vrais, susceptibles de recueillir l’assentiment de tous. La bonne nouvelle de Pâques annoncée par Pierre est simple : l’invraisemblable est vrai, c’est-à-dire réel et effectif par opposition à l’imaginaire ou au virtuel. L’invraisemblable auquel fait référence le disciple concerne d’abord la Passion : la condamnation d’un fils de Dieu était inimaginable. Le Messie ne pouvait être supplicié ainsi. La résurrection représente le second fait extravagant : certainement une perspective merveilleuse annoncée par Jésus, mais les disciples y croyaient-ils vraiment ? Depuis Pâques elle est une réalité historique. Tout est tellement déraisonnable qu’on est amené à se demander si ce n’est pas par ingénuité que Pierre s’est dit : plus c’est énorme, plus c’est vraisemblable. La politique, par excellence le paradis des bonimenteurs, est le marché où se joue l’Evangile de la Résurrection. Dans le contexte malagasy actuel, l’Evangile de la Résurrection a-t-il une pertinence en politique ? L’Evangile de Pâques concerne deux objets : la résurrection et la libération du Christ de l’oppression de la mort, ensuite le triomphe de l’invraisemblable qui est dorénavant vrai. La Résurrection est d’abord politique. Tirer les uns et les autres de leur torpeur, briser les verrous de la peur et de la lâcheté : c’est mettre un coup d’arrêt au délitement et mettre un terme à la décomposition de la société et des citoyens. « Délivrer des douleurs de la mort »Ac2 24 signifie imprimer un nouveau cours à la société : pour s’indigner peut-être mais surtout pour proclamer l’Evangile de la Résurrection. S’imposer un tournant dans la direction de la société est un acte politique incontournable. L’impuissance et la résignation du peuple malagasy surprennent l’observateur de la vie politique de ce pays. La situation est invraisemblable et laisse désemparée toute bonne volonté. Elle renvoie à Edgard Faure décrivant « un régime politique vieillissant » : un gouvernement incapable de répondre aux sollicitations de la société et se réfugiant derrière la peur d’être dérangé (cf « La disgrâce de Turgot »).  Les analyses « savantes » rivalisent d’imagination. Les valeurs refuges malagasy (fihavanana, pacificisme, respect des rites et de la tradition, souverainisme nationaliste, identité régionale ou ethnique...) se sont écroulées. La peur, les frustrations et le sentiment d’isolement entretiennent la confusion. Les effets d’annonce n’offrent même plus l’occasion de rêver. L’invraisemblable, cependant, réside moins dans les faits que dans le comportement général. La population se comporte en spectateur d’un drame auquel elle est étrangère : compter les points, attendre le prochain acte et adhérer à la religion du « je m’en foutisme », du fatalisme ou de la lâcheté. Les contestations expriment l’impuissance face au désastre. L’invraisemblable réside dans cette marche résignée vers une mort programmée au milieu de l’indifférence ou de l’activisme stérile ! On peut comparer la situation politique actuelle à celle des apôtres le soir de Pâques : désespoir, doute, écroulement de leur univers. La merveille de la Résurrection est simple : le vraisemblable au regard de l’homme de ses observations et de ses analyses n’est pas vrai ; la bonne nouvelle est que l’invraisemblable est dorénavant vrai. Vrai car saisissable par les sens et l’intelligence. La bonne nouvelle n’est plus invraisemblable ni virtuelle, c’est du concret. Vrai aussi car on peut accepter l’effectivité de cet invraisemblable en intelligence et y adhérer sans autres contraintes rituelles. En politique, l’Evangile de la Résurrection amène à décortiquer la formule de Machiavel qui assigne à la politique l’art de faire croire, source des oppressions et justification de l’injustice, pour la réduire. La Pâque de Pierre c’est le déchirement du voile des fausses certitudes et ensuite la pénétration au cœur humain du message de la Résurrection : la rencontre physique avec le Christ Ressuscité. La libération de l’esprit des apôtres des illusions et de l’oppression sous toutes les formes (peur, recherche du confort intellectuel et social, impuissance et isolement devant le malheur) les a galvanisés. Libérés par la Vérité, Pierre et les apôtres ont pu entraîner les lâches, les craintifs, les gens simples à s’engager à partager l’aventure du Christ ressuscité et à conquérir le monde, un projet par nature politique. En conclusion, la bonne nouvelle de la Résurrection n’est pas une offre de produit fini politique. C’est, au milieu de la nuit du désespoir, l’intelligence du dépassement de la vraisemblance pour une quête de la Vérité. Le passage par cette chambre noire impose le dépassement de l’illusion du merveilleux et la libération de l’oppression de l’imaginaire pour reprendre en compte les exigences fondamentales de l’être et l’affranchissement des calculs de cuisine politique.

R. Ranjeva.



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