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La croix du Christ est un miroir qui nous révèle .

Article publié le mercredi 23 mars 2016.


La croix du Christ est un miroir qui nous révèle

Esaïe 52, 13-53,12 et Matthieu 27 : 45-56

Et voilà ! C’en est fini du trouble-fête, celui qui constamment venait bousculer les habitudes, remettre en question les traditions, transformer notre compréhension de la foi.

Il est là et il est à l’agonie.

La foule se moque de lui. Elle l’insulte, hoche la tête. On entend dire : "toi qui détruis le temple et qui le rebâtis en trois jours, montre-nous de quoi tu es capable, sauve-toi toi-même si tu es fils de Dieu comme tu le prétends, descends de la croix maintenant !"

Oui, le trouble-fête est là sur la croix et il est à l’agonie.

Il va rendre l’âme et vraisemblablement cela arrange beaucoup de gens. La mort du trouble-fête permet finalement de se dire au fond de soi : "eh bien, nous allons pouvoir continuer notre route avec tranquillité, sans nous poser trop de questions."

C’est très exactement ce que nous trouvons dans le livre du prophète Esaïe. Le passage que nous venons de lire, c’est le quatrième chant du serviteur souffrant, sans doute celui qui est le plus abouti. Et on peut penser que Matthieu, lorsqu’il rédige ce passage de l’évangile, a en tête ce passage d’Esaïe 52.

Dans ce texte d’Esaïe, nous voyons le serviteur souffrant mis à mort. Et comme à Golgotha, nous voyons la foule, la foule se tourner vers lui en disant : "S’il en est là, c’est de sa faute ! Sans doute n’a-t-il que ce qu’il mérite. Il n’a pas fait ce qu’il fallait. C’est Dieu qui le met à mort. C’est Dieu qui l’abandonne. Et Dieu n’abandonne-t-il pas les hommes à cause de leurs péchés ?" Le prophète poursuit sa réflexion. Il regarde le serviteur souffrant dans sa mission. Il le regarde à la lumière de la promesse que Dieu a faite, il connaît son exaltation future et la gloire qui lui sera donnée. Il voit l’abaissement par où il passe. Il voit la foule aussi, qui se moque. Il sait qu’elle se rendra compte de l’injustice, qu’elle se rendra compte que cet homme qui souffre n’a rien fait pour cela.

" Nous, nous l’estimions touché, frappé par Dieu et humilié. Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes, broyé à cause de nos perversités : la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui et dans ses plaies se trouvait notre guérison ". (Esaïe 53/4+5 )

Le prophète identifie le serviteur souffrant au bouc émissaire. Le bouc émissaire, c’est une pratique rituelle au cours de laquelle on sacrifie une victime censée porter les péchés et délivrer le peuple de toutes ses fautes. Mais ici, le prophète nous avertit que cela ne fonctionne pas, cela ne peut pas fonctionner avec Dieu.

Et cette erreur dans la compréhension des choses, c’est bien le message qui nous est transmis aussi dans l’évangile de Matthieu. Tout le monde pense être libéré par la mort d’un seul. C’est ce que disait le grand prêtre : il vaut mieux qu’un seul meure, plutôt que le peuple. La foule pense s’être débarrassée, délivrée de sa propre faute. Et pourtant le Christ sur la croix révèle au monde la folie des hommes. Elle révèle au monde la folie de leur religion. Le voile du temple s’ouvre, c’est dire que chacun, tout un chacun, peut voir à l’intérieur du Saint des Saints, peut voir l’endroit le plus sacré de ce temple, là où seul le grand prêtre peut accéder une fois par an. Et le Saint des Saints est un lieu vide, une pièce complètement vide.

Dieu n’est pas enfermé dans le temple, Dieu est ailleurs. En ce vendredi saint, Dieu est sur la croix, il souffre par la folie des hommes.

La croix nous indique aussi tout l’amour de Dieu pour son peuple, pour sa création. Il n’agit pas comme les hommes agissent, il n’agit pas avec violence, il n’agit pas en combattant par les armes. Mais il accepte le verdict de ses adversaires. Il accepte d’aller jusqu’au bout de son amour. Il accepte d’aller jusqu’au bout de son abandon. Car il sait que c’est seulement comme cela que ses adversaires pourront découvrir son amour. Ce n’est que lorsque le serviteur souffrant est au bout de sa peine que la foule reconnaît son péché. Elle reconnaît son erreur, et s’identifie finalement à lui.

"Ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées."

Enfin, enfin la croix indique aussi à tous les fondamentalistes religieux combien ils se trompent. Combien il est impossible d’enfermer Dieu, ni dans un temple, ni dans une théologie, ni dans les rituels ou dans quoique ce soit d’autre. Dieu ne s’enferme pas. Dieu, à la limite, peut être cloué sur une croix, mais cette croix même est le signe de sa liberté. Et par là, le signe de sa puissance.

Oui, la croix, tout comme l’Évangile, est le miroir de notre humanité. Elle est le miroir de notre être tout entier. Et lorsque nous regardons la croix, c’est nous-mêmes que nous regardons dans ce que nous avons souvent de plus sombre. Si Dieu nous offre ce spectacle sur la croix, c’est pour nous permettre de dépasser, d’aller au-delà des aspects sombres de notre identité, pour nous permettre de nous laver, de nous libérer, comme si nous déposions au pied de cette croix ce qui pèse le plus lourd sur nos vies.

Aujourd’hui, nous aussi, nous sommes invités à regarder cette croix comme le don ultime de Dieu, comme le miroir de notre propre vie.



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